Marie Vergne

La Chatte métamorphosée en femme

 

Par Brigitte Bulard-Cordeau

 

 

 

 

 

 

« Il me serait impossible aujourd’hui de vivre sans chats », confie Marie Vergne. Elle vit à la Maison de bois. D’entrée, on voit un chat endormi, étendu sur le toit de la cage du couple d'inséparables. Douceur et harmonie se dégagent de cette atmosphère ouatée, c’est là que Marie Vergne se consacre à ses deux passions : La Peinture et l’élevage des Chats des Forêts Norvégiennes.

 

 

Dès son plus jeune âge, Marie Vergne, née en 1945 à Saint-Etienne, s’adonne à la peinture. Elle va effectuer plusieurs séjours en Europe Centrale et Scandinavie. Elle se familiarise avec la peinture décorative sur meubles de l’art rural. Son style s’affirme en épousant la trame anecdotique des scènes de la vie quotidienne. Ses tableaux chantent. Marie Vergne a un don particulier. La mise en scène, les couleurs ressemblent à un temps suspendu, une pause, un arrêt sur image. L'œil commence sa promenade sur l'œuvre, instantanément une musique s'enclenche. Une musique tendre ou festive avec des cris joyeux d'enfants, des rires, des soupirs, des murmures, c'est un orchestre qui se délecte. Les odeurs affluent. Odeurs de violettes, de lilas, de roses, de champignons.

 

Et puis le chat. Personnage à part entière, au centre de la composition ou en retrait comme un témoin indispensable, naturel. Une passion qui remonte à l’enfance. Les livres illustrés en sont le déclic. « La propriété de mes grands-parents où nous passions nos vacances, regorgeait de fleurs, de senteurs de fruits et d'oiseaux. C'était mon refuge. Je passais mon temps à observer, à dessiner et à rêver, se souvient Marie Vergne. J'avais découvert, oubliés dans un placard, des livres illustrés : Les tribulations d'un chat de Benjamin Rabier, édition de 1908, Le Paradis tricolore de Hansi et des albums d'images d'Epinal. La suite, on la devine. « J’ai mis en scène des histoires que je peignais sur des meubles et des objets de bois, et c'est ainsi que j’ai trouvé mon univers. »

 

 

Le charme sauvage de Fadette

 

Et puis, continue l’artiste, « à la suite d’un voyage en Norvège, un premier chat entra dans ma vie. Elle s’appelait Fadette, comme dans le roman pastoral « La Petite Fadette », de George Sand. C’était une chatte des Forêts Norvégiennes, belle comme les chats qui tiraient le char de Freyja, la déesse de l’amour dans la mythologie scandinave. Fadette ne pouvait que me séduire, c’était une charmeuse douce et sauvage à la fois. Séductrice, Fadette l’est toujours dans la mémoire de Marie, qui lui rend hommage dans une œuvre récente, une peinture murale intitulée « A quoi rêve Fadette », située dans un parc public. On ne peut pas ne pas la voir, étalée sur trente mètres de long et quatre mètres de haut.

 

Depuis 1986, Marie Vergne participe régulièrement à de nombreuses expositions : New York, Paris, Aix-en-Provence, Saint-Tropez, Courchevel, Roanne, Beaune, etc., mais aussi à la Galerie Pro Arte Kasper de Morges en Suisse où elle obtient « la Mention Spéciale pour la France » et « le Prix du Public » aux concours internationaux de Peinture Primitive Moderne organisés par cette même galerie.

 

 

Les chats, c’est un peu ma signature

 

Après Fadette, « il n’était pas rare de voir courir dans la maison une dizaine de chats et de chatons norvégiens », poursuit l’artiste. Les chats l’inspirent. Ils sont les artisans de son succès. « Je peins souvent sous leurs regards attentifs et je m’amuse à les humaniser sur la toile. Ils m’apportent un sentiment de calme. J'aime leurs déplacements harmonieux, leurs regards fascinants et mystérieux qui changent selon la lumière ou leurs émotions. Ils m’inspirent puisqu’ils rentrent dans tous mes tableaux. C’est un peu ma signature et il me serait impossible aujourd’hui de vivre sans chats », avoue l’artiste.

 

Depuis 2005, Marie Vergne participe chaque année au Festival Mondial d’Art Naïf de Verneuil-sur-Avre ainsi qu’à Art en Capitale, qui se tient au Grand Palais, à Paris - Salon Comparaisons. Régulièrement, depuis 2009, on peut admirer ses œuvres aux Biennales « Regard Naïf » organisées par la Ville de Macon, mais aussi à Katowice en Pologne, à la Galerie Eboli (spécialisée en Art Naïf) à Madrid, et également à Bruxelles et Copenhague. Sa peinture est présente dans les musées d’Auvers-sur-Oise, La Pacaudière, Lapalisse, Nice, Salers…

 

« Je travaille à l'acrylique sur toile ou plus rarement sur bois, explique-t-elle. Ma peinture est figurative, je pars de la réalité pour aller vers le rêve et j'attache énormément d’importance aux détails. »

 

Il suffit d’observer avec quelle minutie sont crées L'arche de Noé, les réunions de famille, les fêtes et les fanfares, le tour de France, les bistrots, les peintres, les salons de thé, les maisons de lingeries fines, les maisons closes (traitées avec délicatesse), les moments de paresses, les jeux des enfants, la mythologie… On y trouve fragilité, élégance et rêve.

 

 

Au cœur du rêve

 

Ainsi décrirait-elle ce qui la hante dans sa démarche artistique: « la fragilité de l'instant que l'on voudrait éternel, l’élégance des personnages et des situations sans la contrainte académique, et le rêve qui enveloppe les compositions, léger et aérien comme un papillon. »

 

Au cœur du rêve, il y a forcément le chat. « Le chat est un prétexte, confie-t-elle, un fil conducteur à travers les étapes du bonheur partagé, des rires et des sourires, des moments simples de la vie à l’ouverture vers le rêve. »

 

A force de représenter le chat dans l’art naïf, chat ami, chat seigneur, chat humain, Marie Vergne, dans l’une de ses prochaines vies de chat, pourrait bien être métamorphosée en… chatte des forêts norvégiennes. A moins qu’elle ne soit elle-même, comme dans la fable de La Fontaine, La Chatte métamorphosée en femme…

 

 

 


Entretien avec Marie Vergne